Quelques propositions à la communauté éducative pour une gestion optimale du calendrier scolaire.

Pr. BODO BERTRAND, Maitre de Conférences, Université de Yaoundé 1; Directeur Sup Prepa

En date 18 mars 2020, sur très hautes instructions du président de la République, Son Excellence Paul Biya, le Premier ministre, chef du gouvernement, Dr. Joseph Dion NGUTE a présidé à une concertation ministérielle aboutissant à treize mesures en guise de riposte au COVID-19.  La troisième d’entre elles, ordonnait la fermeture de tous les  établissements publics et privés de formation relevant des différents ordres d’enseignement, de la maternelle au supérieur, y compris les centres de formation professionnelle et les grandes écoles.

Moins d’un mois après les premières mesures, le Comité interministériel chargé de suivre la mise en œuvre de la stratégie gouvernementale de riposte contre la pandémie COVID-19 envisage la reprise des cours, à la date indicative du 01 juin 2020, dans tous les établissements.  Le chef du gouvernement a invité par ailleurs, les différents chefs des départements ministériels du domaine de l’éducation à réfléchir aux modalités de mise en œuvre de cette directive.

Force est de constater qu’à l’heure actuelle, la continuité du calendrier scolaire est un mystère douloureux autant pour les parents que pour les enfants. Suite à cette situation, les réseaux sociaux ont fait circuler de vrai-faux documents indiquant la suite du calendrier scolaire de l’année à la reprise du 01 juin 2020, mais à la date du 08 mai rien n’est toujours officiel.

Quelques éléments de contextes et des certitudes collectivement partagées sont rappelées ci-après :

  • Le calendrier scolaire (arrêté N° 8111/B1/1464/MINEDUB/MINESEC du 16 juillet 2019) prévoyait la seconde période d’interruption du vendredi 27 mars 2020 au mardi 14 avril 2020.  Le dernier et troisième trimestre était prévu du Mardi 14 avril 2020 au vendredi 05 juin 2020.  Un décompte arithmétique depuis la date du 18 mars 2020 (date d’arrêt des cours) au 26 mai 2020 (date du début de l’examen baccalauréat de l’enseignement général) ou du 01 juin 2020 (date du début de l’examen General Certificate of Education), nous donne en terme de jours où les cours n’ont pas été fait : 7 jours en mars, 13 jours en avril et 12 jours en mai soit un total de 32 jours sur les 179 jours qu’auraient compté l’année scolaire sans interruption, soit un taux sec de couverture de 82.1%. Si l’on tient compte des disparités sur le territoire national, on peut pondérer ce taux à 75% en moyenne.

 

  • Certes, la communauté scientifique semble aujourd’hui s’accorder sur le fait que, la propagation du COVID-19 auprès des enfants est 3 à 5 fois moins virulente que dans le reste de la population adulte. Un bémol s’impose toutefois pour des pays comme le nôtre où, contrairement à ce qui se fait dans les pays du nord, la carte scolaire ne se fait pas par secteurs géographiques de proximité avec le domicile, ce, qui a pour conséquence d’obliger les enfants à emprunter les divers moyens de transport qui demeurent, sauf preuve du contraire, des lieux privilégiés de contamination. Par ailleurs, la réalité des conditions de scolarisation dans nos écoles, collèges et lycées est connue de tous : sureffectif, mauvaise ventilation des salles de classes, sous équipement sanitaire, etc… toutes choses qui rendrait inopérante l’observation et l’application des mesures barrières en milieu scolaire.

 

S’il semble que l’Afrique résiste pour l’instant mieux que le reste du monde à cette pandémie, il convient de souligner que d’après les données du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) au 05 mai 2020, le taux de létalité au Cameroun est d’environ 2.95 %.  Il est à noter en outre que ce taux de mortalité est supérieur à celui du paludisme qui était de 0.013% en 2018 d’après le rapport de l’Observatoire National de la Santé Publique, dans son Rapport de suivi des 100 indicateurs clés en 2019 (page 47). En somme, les données montrent que le pic de l’épidémie n’est pas atteint et que la pandémie COVID-19 restera à cette date de reprise,  un problème de santé publique.

 

  • Face à cette pandémie, les autorités ont su réagir promptement, du moins ne sont pas restées les bras croisés. Nous saluons ici les efforts faits par les différents chefs des départements ministériels concernés par cette question. Des enseignements télévisés sont effectifs et certains ont mis en place des plateformes de télé-enseignement. Nous pensons qu’une évaluation objective de ses différents moyens d’enseignement ne peut être faite sur un délai aussi court de 45 jours. Nous relevons toutefois l’inégalité d’accès à l’électricité ou à internet sur  tout  le territoire national et ceci pour tous les citoyens.

 

 

Partant des postulats sus-évoqués, quelques propositions pouvant faciliter la décision des pouvoirs publics en découlent. Il s’agit notamment de :

 

  • Limiter strictement la reprise des cours au 01 juin 2020 aux classes avec des examens en fin d’année. Pour les autres apprenants, les jurys de classe statueront sur la base des notes des cinq premières séquences pour décider ou non, du passage en classe supérieure.  Pour les élèves des classes maternelles aux classes de première, on devra faire des rattrapages dès 25 % restant lors de la rentrée prochaine en septembre 2020. Cette période de rattrapage pourrait couvrir les trois premières semaines.  Pour ceux des classes terminales, une réflexion poussée doit encore être faite.

 

  • Limiter les sujets d’examen aux enseignements faits jusqu’à la date du 17 mars 2020, qui comme le montre le point 1 plus haut, auront couvert plus de 75 % du programme.  Egalement, comme évoqué au point 3, les différentes mesures prises pour pallier aux présentiels ne peuvent pas garantir l’égal accès à l’éducation dont sont astreints les pouvoirs publics, et ceci, pour une école républicaine qui a le devoir d’accorder les mêmes chances à tous.

 

  • Compte tenu de la situation exceptionnelle actuelle qui aura démobilisé et déconcentré la très grande majorité de nos enfants, il serait judicieux de fournir aux candidats, dans les meilleurs délais, un programme détaillé d’évaluation auxdits examens comme cela est fait dans les concours officiels. Nous proposons que cela soit fait un mois avant la date arrêtée du début des examens. Cela permettrait, à notre avis, aux plus défavorisés, de mieux se préparer pour affronter leur examen.

 

  • A la date indicative du 01 juin 2020, de décaler de deux semaines le calendrier des examens tel qu’il était initialement pensé.

 

  • Augmenter substantiellement le nombre de centres d’examen par une mutualisation des infrastructures (publiques et privées) afin de mettre en œuvre efficacement les mesures barrières.

 

En partageant avec vous cette modeste contribution sur cette question cruciale, nous espérons que nous tirerons des conclusions utiles au bénéfice déterminé de l’éducation de nos enfants.

 

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